«Diao Baldé Keïta sera la révélation de la CAN», Diomansy Kamara

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Après avoir connu la Premier League (Portsmouth, West Bromwich, Fulham) la Serie A (Modena) en tant que joueur, Diomansy Kamara, ancien international sénégalais, officie désormais chez Canal + Afrique sous le costume de consultant. A la veille du match Sénégal-Algérie, l’ancien attaquant de Fulham se confie à La Gazette du Fennec dans un entretien où il passe en revue les Lions de la «Téranga» (hospitalité) et les «Fennecs».

Qu’est-ce qui fait la force des Lions de la «Téranga» actuellement ?
Je pense que c’est son collectif, on a de très bons joueurs, on l’a vu lors des deux (2) premiers matchs. Aliou Cissé est parvenu à fédérer cette équipe qui dispose d’un Top joueur sur chaque ligne. Devant, Sadio Mané est le leader technique, mais on est aussi très solide défensivement et Gueye rayonne au milieu. Keita est très bon aussi sur son côté et il sera la révélation de la CAN selon moi. Tout cela fait du Sénégal un des outsiders, si ce n’est l’un des grands favoris de la compétition.

Justement le Sénégal retrouve des certitudes sur le continent africain, quel a été le travail opéré par Aliou Cissé pour parvenir à ces résultats ?
Aliou Cissé a commencé avec les U23, il a donc pu forger un groupe avec des joueurs comme Sadio Mané, Moussa Konaté qu’il a eu sous ses ordres. Il y a donc tout un travail en amont qui a été effectué avant qu’on lui confie la sélection nationale A en 2015. En éliminatoires de CAN, il a fait un 6/6 en gagnant tous ses matches, ce qui a forcément amené énormément de confiance. Il dispose d’un très bon groupe homogène avec notamment Sadio Mané qui est excellent en Premier League.
«Cette année la pression n’est pas semblable à ce qu’on aurait pu voir auparavant lorsque le peuple sénégalais réclamait le titre de champion d’Afrique»
Le Sénégal est l’un des rares favoris déclaré à assumer son statut, c’est l’année ou jamais pour aller au bout et gagner cette CAN ?
C’est vrai que cela fait 50 ans que le trophée n’est pas venu à Dakar. Mais au Sénégal, on ne s’est jamais positionné comme un favori même si on est le premier pays africain au classement FIFA. L’essentiel pour nous c’était de passer ce premier tour, la dernière fois remonte à 2006 en Égypte. Tout est possible ensuite car il reste seulement 3 matches jusqu’à la finale. Cette année la pression n’est pas semblable à ce qu’on aurait pu voir auparavant lorsque le peuple sénégalais réclamait le titre de champion d’Afrique. Je pense que cette pression nettement moindre a permis aux jeunes d’exploiter pleinement leur talent.
En tant que Sénégalais, quel regard portes-tu sur cette participation algérienne à la CAN qui risque de tourner au fiasco ?
Qu’est-ce qui ne va pas dans cette sélection ? Personnellement, j’avais fait de l’Algérie l’un de mes favoris de cette CAN car ils ont sûrement le meilleur effectif d’Afrique. Riyad Mahrez a été élu récemment Ballon d’Or africain. Mais c’est vrai que depuis 2014 les choses ont changé: ils ont perdu Bougherra qui était un des piliers de cette équipe et surtout la valse des sélectionneurs a vraiment plongé l’Algérie dans une instabilité qu’on ne lui connaissait pas. Ils ont également énormément de lacunes défensives qu’on a vues lors de la CAN et lors des éliminatoires de coupe du monde face au Nigéria. Cette équipe a deux visages, offensivement c’est très très fort mais défensivement il y a trop de lacunes. On sait qu’il faut être solide derrière pour aller loin dans la compétition. Cette équipe est littéralement coupée en deux et il va falloir qu‘elle remédie à ce problème si elle veut faire un résultat face au Sénégal.
«Selon moi, le problème de l’Algérie est tactique, il y a beaucoup trop de joueurs offensifs sur le terrain…On avait eu le même souci avec le Sénégal en 2012»
Les supporters algériens déplorent le manque d’implication des joueurs algériens. Rafik Djebbour, ancien international algérien, leur reproche d’être une équipe sans patriotisme… Est-ce que tu comprends et partages ces propos ?
Non pas vraiment ! L’Algérie c’est El Khadra, c’est l’esprit de hargne. C’est rare de voir plus fier qu’un Algérien. Je pense que tous les Algériens qui portent ce maillot sont conscients de ce que le peuple attend d’eux. Je ne pense pas que le problème soit à ce niveau-là. Selon moi, le problème est tactique, il y a beaucoup trop de joueurs offensifs sur le terrain. Une équipe ne peut pas être uniquement composée d’attaquants. On avait eu le même souci avec le Sénégal en 2012, on jouait en 4-2-4 et on était sorti au premier tour. Le coach va devoir faire des choix pour que cette équipe soit homogène. Les Lions de la «Téranga» (hospitalité) sont déjà qualifiés et le sélectionneur devrait faire tourner son équipe.
Comment vois-tu ce match entre le Sénégal et l’Algérie ?
Cela va être un match important, le Sénégal est sur une bonne dynamique. Il ne faut pas oublier que l’Algérie nous avait éliminés en 2015 donc on aura à cœur de remettre les compteurs à zéro. C’est toujours plus facile de jouer sans pression. Cette équipe d’Algérie qui a joué face au Zimbabwe et la Tunisie n’a, selon moi, pas les armes pour venir inquiéter le Sénégal. Il va vraiment falloir changer d’état d’esprit et espérer un miracle pour que l’Algérie ne rentre pas à la maison dès le premier tour, ce qui serait un séisme non seulement en Algérie mais également dans cette CAN. Le Sénégal va faire tourner car en défense beaucoup de joueurs sont sous le coup d’une suspension. Mais on sait très bien que les remplaçants vont vouloir briller et ça me semble vraiment compliqué pour les Algériens qui ne sont plus maîtres de leur destin.
Tu as joué plusieurs CAN, quelle est la particularité de cette compétition ?
C’est très très engagé au niveau athlétique (rires). J’ai joué en Premier League où l’impact physique est énorme mais la CAN est un cran au-dessus. On y voit des tacles à la limite de la régulière. Les équipes maghrébines devraient muscler leur jeu, on a d’ailleurs entendu Bougherra dire que l’Algérie devait africaniser son jeu. Vous avez d’excellents joueurs de ballon mais si on ne met pas assez d’impact physique en Afrique on ne peut absolument pas aller au bout. Un bon souvenir et un mauvais souvenir d’une CAN en tant que joueur ? Je garde un bon souvenir de notre CAN 2006 en Égypte, on s’était incliné en demi-finale face aux Pharaons. Un mauvais souvenir, ce serait lors de la CAN 2008 où on avait été éliminé au premier tour avec la désertion de Kasperczak, l’actuel sélectionneur de la Tunisie, après le second match. C’est à ce moment-là qu’on s’est dit qu’il serait peut-être mieux d’engager des sélectionneurs locaux pour éviter ces mésaventures.

«J’aime bien Slimani, un guerrier qui marque des buts…si on devait l’ajouter à notre attaque, il nous ferait du bien !»

Si tu devais prendre un joueur algérien dans ton équipe, ça serait lequel et pourquoi ?
J’aime bien Slimani car c’est un battant, un guerrier qui marque des buts. C’est un joueur de classe. On a des bons attaquants au Sénégal mais c’est vrai que si on devait l’ajouter à notre attaque, il nous ferait du bien.

Quel est ton pronostic pour le match Sénégal-Algérie ?
Malheureusement pour les Algériens, je vois le Sénégal s’imposer (rires). Je pense que l’Algérie marquera un but, je dirais 2-1 pour le Sénégal.

Aurais-tu un message à faire passer aux supporters algériens qui vivent mal les contre-performances des Fennecs ?
Les Algériens sont des passionnés avec leur « One Two Three Viva l’Algérie », on sait qu’ils sont toujours derrière leur équipe nationale. Il faut continuer à supporter. On espère qu’ils vont trouver de la stabilité car c’est ce qui manque à cette génération dorée. Il va falloir faire un bloc uni, notamment pour les éliminatoires de coupe du monde. Quoiqu’il arrive on sait que l’Algérie est une très belle équipe en Afrique.

Entretien réalisé par Lotfi Chouguiat, pour La Gazette du Fennec.
PressAfrik

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